JEUDI 10 MAI 2012
Certains 10 mai en rappellent d'autres. Je me souviens...
1981 : j'avais 14 ans et je n'aimais pas Mitterrand. A l'époque, je jugeais seulement sur la tête de l'affiche. Comme quand, 7 ans plus tôt, en voyant la tête de Mitterrand placardée sur un poteau électrique devant la chambre de mes parents, j'avais eu peur. A la maison, on ne parlait pas politique. Jamais. Mes parents avaient sans doute des idées à eux et ils n'ont jamais cru bon de m'en faire part. Même plus tard, quand j'ai eu l'âge de voter. Je me souviens juste qu'en 1981, personne autour de mes proches n'avait fait la fête. Mon grand-père maternel aurait pu s'il n'avait pas botté en touche quelques mois plus tôt en disant adieu au monde des vivants. Lui seul aurait pu savoir que dire et que choisir. Lui mieux que tout autre. Je l'ai appris récemment. Il aurait su dire pourquoi oui ou pourquoi non. Il avait ce vécu particulier et à nul autre commun d'avoir eu une maman criminelle et condamnée à mort...puis graciée. Sa peine fut commuée en peine aux travaux forcés dans un bagne. Pour femmes. Si quelqu'un sait où mon arrière-grand-mère fut envoyée après 1920, je suis preneuse. Car ce bagne la rendit folle. Mais c'est une vielle histoire...
En 1981, j'avais 14 ans, et je n'ai pas aimé ce que je vis se produire par la suite.
Je ne savais pas ce je sais maintenant. J'étais une adolescente anti-tout, rebelle parce que la mort venait de m'apprendre que la vie était courte et qu'elle nous enlevait ceux qu'on aime le plus, sans se soucier de comment on le prendrait.
Entre 1981 et 1988, l'ado rebelle était devenue une jeune fille rangée. Plus ou moins. Dans l'apparence, j'étais entrée dans le moule et après un Bac littéraire, je faisais des études de Droit. Pour devenir journaliste peut-être. C'était du moins l'ambition primaire.
Dans l'absolu, je bouillonnais encore et toujours. Je rêvais d'entrer à Science-Po pour me méler au cirque démocratique. J'y croyais ! C'est l'époque où j'ai rencontré des tas de gens, des journalistes et des politiques locaux. J'avais 20 ans et on me faisait rencontrer les éminences locales...j'aurais du en prendre parti. Ce que j'en ai retenu c'est que le journalisme commençait par les chiens écrasés et que la politique était tout sauf une question d'idées. Alors j'ai abandonné. TOUT. J'ai arrêté le Droit qui m'ennuyait et j'ai arrêté de croire en la politique qui me mentait. J'ai voté en 1988...pour Raymond Barre. Après, je ne sais plus.
Nous sommes en 2012. Tant d'années ont passé et je suis passée avec elles.
J'ai mis mes trippes dans la dernière campagne présidentielle car, pour une fois, j'avais fait le nécessaire afin de voter dans la commune où je vivais. J'avais cru en Sarkozy en 2007 et je n'avais pas pu voter pour le montrer. Quand on déménage en janvier d'une année électorale, on ne peut que constater, pas prendre acte et pas faire acte. C'est toute l'histoire de ma vie depuis 1988, sans doute. A force de trop bouger tout le temps, j'ai fini par perdre ma citoyenneté.
J'ai mis mes trippes pour Nicolas Sarkozy ces derniers mois. Et je suis vaincue parce que j'ai entendu aussi la France qui a fait de lui le responsable de tous ses maux. J'ai entendu ce qu'il a dit aussi quand il a dit adieu. Et moi, ça me remue.
Alors je souhaite bonne chance à son successeur. Lequel est, je crois, un Président par défaut. Bon nombre de français de gauche auraient préféré DSK. C'était lui le candidat idéal. Oui. En dépit de tout, DSK était et reste le meilleur quand on parle économie. Même s'il penche pour Keynes alors que je penche pour le revisiter et le remettre à l'heure qu'il est.
J'en veux terriblement à DSK pour n'avoir pas su se protéger. Pas pour ce qu'il est. Je ne jugerai jamais l'homme qu'il est. JAMAIS. Mais bon sang ! C'était quoi cette connerie au pire moment ???
Entre DSK et Sarkozy, j'aurais aimé le débat d'idées. J'aurais soutenu DSK mais écouté Sarkozy. Quitte à voter pour l'un ou pour l'autre au dernier moment. J'aurais bien aimé ça.
Là, j'ai assisté à une lapidation sommaire. A une mise à mort moderne. Sans laisser la moindre place au doute, à notre capacité humaine d'aimer ou de détester, de comprendre l'homme de pouvoir sans se soucier de l'homme tout court.
J'aimerais un jour diner avec Nicolas Sarkozy. Pour sa culture, pour ce qu'il est et son énergie à vouloir changer les choses. Il n'a pas réussi à convaincre un peuple qui a subi la crise de plein fouet et auquel il n'a pas su parler. Je suis navrée de le dire, mais je l'ai entendu, moi.
J'aimerais aussi diner un soir avec DSK. Et je me fous de ce qu'on en dit. J'aimerais qu'on parle de Keynes ensemble.
Par contre, je n'aimerais pas diner avec François Hollande. Tout Président qu'il est, je n'aurais rien à lui dire. Sinon lui souhaiter bonne chance et l'inviter à Lourdes pour allumer des cierges. Il en en aura besoin.
La France avec....
@ PLUS
Céline
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