Celine Elias à l'écrit

Lettre à Monsieur le Président

Monsieur le Président,

 

« Je vous fais une lettre que vous lirez peut-être si vous avez le temps ».  Je n'ai pas pu résister, pardon. J'aurais aimé faire une introduction plus classique, plus politiquement correcte car Boris Vian était tout sauf politiquement correct, vous en conviendrez. Mais commencer une missive par « Monsieur le Président » m'engage de facto sur « Le déserteur ». Réflexe cérébro-spinal à tendance pavlovienne, à ce que l'on m'a dit. On ne se refait pas. J'ai plusieurs références innées de par ma nature, qui vont de la chanson française au cinéma en passant par…l'économie. Je suis une Keynésienne de Droite, Monsieur le Président.  Je l'ai toujours été.

 

Mais peut-être faut-il que je me présente rapidement à vous afin que vous situiez mieux mon petit personnage. Je suis née le 27 janvier 1967, à Bordeaux. Mes parents étaient respectivement cadre bancaire et manipulateur radiologue. J'ai eu une enfance sympa, il faut le dire. Pas dorée mais j'ai toujours mangé à ma faim, j'ai toujours eu un nid douillet où grandir (même si le terme ne convient pas forcément à mes 146 centimètres), j'ai voyagé en Europe et aux Etats-Unis grâce à mes géniteurs, nous allions aux sports d'hiver en hiver, sur la Côte d'Azur puis les Hautes Alpes l'été, et j'ai appris la tolérance et le respect de tout ce qui vivait. Mes parents étaient formidables. Ma mère est décédée le 8 janvier 1998. Mon père vit encore et s'est recasé rapidement après la mort de ma mère, avec mon accord et celui de mon frère. Nous formons une famille unie, malgré les difficultés des uns et des autres.  Ensuite, je suis allée à l'école, j'ai appris ce qui ne me sert pas, j'ai tenté de faire des études mais comme je m'ennuyais déjà depuis le CP, j'ai voulu apprendre sur le terrain. Et je l'ai fait. Je suis ce qu'on peut appeler une autodidacte qui a cependant poussé le vice jusqu'à faire pas mal d'études diverses mais sans ambition précise.

Moi, ce que je voulais, c'était écrire. Or, il n'y  pas d'école pour écrire. Alors, j'ai suivi le cours des choses. En écrivant chez moi, en catimini, pour le confort de quelque tiroir. J'ai fait tant de métiers différents qu'il serait trop long de vous en faire la liste. Je n'ai trouvé qu'une seule fois quelque chose qui m'accrochait autant que l'écriture.  Et j'ai attendu plus de 40 ans pour ce faire. Mais, pendant un an, je me suis régalée. 

 

Aujourd'hui, je fais le bilan de tout.  Politiquement, je suis dans une mouvance de demain, celle qui va devoir naître des échecs récents.  En l'espace de 20 ans, nous avons tous vu les dogmes du XXème siècle s'effondrer. Le communisme s'est rallié au libre échange un peu partout dans le monde, malgré quelques petites poches de résistance. Le capitalisme vient de voir ses limites franchies. Il est en sursis mais moribond. Le socialisme est une aberration face à la logique. Alors, demain, où aller ? Il y a 20 ans que je ne vote quasiment plus. Je l'aurais bien fait en 2007 mais j'ai déménagé en janvier et je ne pouvais donc m'inscrire nulle part. Quant au vote par procuration…merci, mais non merci.  Il se trouve cependant que j'ai défendu vos idées partout où j'ai pu passer. Je les défends encore aujourd'hui…enfin, la plupart du temps. Je ne viens pas lécher vos bottes, Monsieur le Président. Je ne suis pas d'accord avec vous sur tout. Mais je vous accorde, comme à vos prédécesseurs, des circonstances atténuantes car la France est un pays très compliqué à régir. Les Français sont versatiles et pas toujours honnêtes, y compris avec eux eux-mêmes. Ils ont tendance à juger selon leur portemonnaie avant d'aller se plaindre selon leur cœur. Je n'aimerais pas être à votre place.

Mais il est en votre pouvoir de changer les choses et d'amener les Gaulois râleurs que nous sommes à nous positionner de façon adulte et responsable face aux échéances actuelles et à venir.  De tous les maux passés aux maux actuels, de toutes les idées qui ont pu naître au fil des siècles, je crois en la capacité qu'a l'être humain de rebondir sur tout. Bien sûr, il y en a toujours qui restent sur le pavé, qui n'ont pas cette force en eux. Je ne les oublie pas. J'en connais certains et, par mon cursus professionnel, il m'a été donné aussi d'en rencontrer beaucoup qui préféraient mourir que de se battre. Un ami schizophrène avec tendances suicidaires m'a récemment dit que les gens n'étaient malheureusement pas tous comme moi. Moi, je suis plutôt comme vous, avec moins de réussite s'il en est. Je fais partie de ceux et de celles qui peuvent parfois ployer sous des circonstances malheureuses et des aléas qui s'enchaînent, mais qui ne rompent jamais. Tel le roseau de Pascal, je pense, je suis, et tant qu'il me reste un souffle de vie, je me bats pour faire valoir ce que je suis, ce que je pense, ce que je vaux.

 

Cependant, Monsieur le Président, faire valoir ce que l'on vaut quand on est autodidacte, c'est s'engager dans des chemins sans grande issue. C'est être, avec le temps, toujours confronté à ces jeunes plus diplômés que vous et qui coûtent moins cher. C'est aussi devoir démontrer sans cesse que nous avons les capacités de l'emploi qu'on convoite. Le combat est rude, croyez-moi ! Il faut de la constance, de l'opiniâtreté, ainsi qu'une bonne dose de confiance en soi qui, poussée à l'extrème,  nous fait passer au mieux pour des fous visionnaires mais sans écho réel, au pire pour des narcissiques. Vous en savez quelque chose, n'est-ce pas ?  Sauf que vous avez le pouvoir et moi uniquement celui d'enrager.

J'ai fait un rêve, disait Martin Luther King. Le sien est aujourd'hui devenu une certaine réalité avec l'élection d'Obama. J'ai aussi fait un rêve, il y a plus de 20 ans de cela, quand Mitterrand fut réélu en 1988 et que j'ai piqué ma plus grosse colère politique de tout temps à jamais. C'est d'ailleurs suite à sa réélection que j'ai boycotté les urnes.

Oui, j'ai fait le rêve de voir une nouvelle gouvernance prendre les rênes du pouvoir, en France et partout dans le monde. J'ai fait ce rêve absurde et merveilleux qu'on pourrait demain – le demain de 1988 est arrivé, nous  y sommes  aujourd'hui – changer les idéologies des siècles aboutis et révolus pour trouver une nouvelle direction politique et économique. Sans oublier ou renier le passé mais en tenant compte des nouveaux impératifs mondiaux qui sont, dans le désordre : internationalisation des échanges, gouvernance mondiale via des organismes qu'on tend souvent à dénigrer (FMI, ONU et autres), création de nouveaux pouvoirs en terme de balance politique et économique (l'Europe est un modèle de démocratie à l'ancienne qui a néanmoins toutes les données en son pouvoir pour devenir un modèle de démocratie de l'avenir. En ça, je crois fermement !), relations entre Etats et religions qui font mauvais ménage quand l'Etat n'est pas séparé de la religion. Et j'en passe forcément.

Non, je n'ai pas fait Sciences-Po, pas l'ENA non plus. Je ne suis pas issue des Ecoles dont sont sortis tous les ténors de l'économie actuelle.

Mais, allez savoir pourquoi, je sais que mes convictions me donnent sans cesse raison. Je n'ai jamais tort quand il s'agit de perspectives. J'ai la foi en…moi. Tout comme j'ai foi en des hommes tels que vous ou Barack Obama. Ou, à moindre échelle, Dominique Strauss-Kahn. Je vais vous faire bondir de votre siège peut-être, mais j'ai toujours eu beaucoup d'intérêt pour les visions économiques de Jacques Delord, Raymond Barre, Alain Juppé, Michel Rocard et DSK.  

Je vais acheter le livre de Duhamel dans les prochains jours. D'abord parce que je suis férue d'Histoire et d'Histoire napoléonienne avant tout , et puis parce que je retrouve peut-être quelque part en vous la force qui mena un petit Corse à de si grandes choses. On condamne souvent Napoléon pour sa folie des grandeurs sans tenir compte de l'époque à laquelle il vivait. A mes yeux, il fut le premier européen. On lui doit tant de choses…Alors, parce que le monde d'alors n'était pas prêt à accepter l'hégémonie d'un seul - le pouvoir doit être partagé par le peuple, disent les préceptes de la démocratie, car si le pouvoir est à un seul, cela s'appelle une dictature - , parce qu'il n'était pas possible de faire des alliances sans guerre, parce que faire entendre raison à des pays qui voyaient la France comme un repère de révolutionnaires sanguinaires qui avaient imaginé un monde meilleur et qui avaient inventé la Terreur, Napoléon fut jugé coupable de mégalomanie et de despotisme. Pourtant, quand ses soldats mourraient de froid en Russie, l'Empereur était malheureux. Il était des leurs et, d'après ce que j'en ai lu de divers auteurs, il ne s'est jamais pardonné d'avoir poussé trop à l'Est les frontières de son Europe. On pourrait refaire l'Histoire cent fois sans parvenir jamais à admettre que Napoléon fut un visionnaire excessif parce qu'il n'était pas né à la bonne époque et qu'il était militaire avant tout. Militaire, épicurien et visionnaire. Autant dire qu'il avait tout pour déplaire à ces juges de l'Histoire qui n'admettent jamais qu'on puisse vouloir avancer vers demain.

Laissons l'Histoire juger demain. Ni vous ni moi ne serons là pour en parler. Mais laissez de vous une trace, Monsieur le Président. Vous en avez l'étoffe et la volonté. Vous êtes le seul avec Obama aujourd'hui à pouvoir « inventer » un nouveau monde. On se moque de vos alliances et des compromis. Si vous parvenez à sortir le monde de son marasme actuel, si vous parvenez à faire croire aux gens qu'il y a autre chose que la spiritualité religieuse (je suis athée, non baptisée, non croyante mais philosophiquement  proche des bouddhistes) et que nous vivons tous sur la même planète, que notre seul devoir est de la préserver, y compris de nous-mêmes, alors, vous aurez gagné et les compromis (voire compromissions, il ne vaut pas être dupe !) seront acceptés comme étant les termes inexorables d'un équilibre mondial. Le monde doit être tenu par une force internationale de même intérêt mais avec un seul chef. Un exemple de démocratie à échelle mondiale, si vous voulez . Un regroupement nécessaire de toutes les forces et de tous les organismes mondiaux autour d'un même objectif qui serait : bâtir demain.

Le XXIème siècle devra être une charnière entre hier et demain. Nous connaissons tous les enjeux. Il y a des enjeux à court terme comme régler les problèmes actuels, et les enjeux plus planétaires qui participent des actions de tous. 6 milliards de pollueurs entassés sur une seule planète en danger, ça fait un challenge énorme à relever. Je crois que nous en sommes là : trop nombreux et trop différents, trop culturellement éloignés, trop impliqués dans nos soucis du moment, pas assez à l'écoute des autres. Nous sommes comme un corps humain dont les poumons recrachent le dioxyde qui tuera son voisin ; dont le cœur ne bat plus de manière régulière et dont on a diagnostiqué plusieurs caillots sanguins dans les coronaires ; dont le foie n'ingère que le pire et laisse le meilleur à une rate endommagée ; dont les reins ne filtrent que les infos populaires ; et dont le cerveau qui est sensé régir tout ça se partage bien trop entre ses deux hémisphères. Nous avons oublié que tout ce qui vit sur cette planète a besoin d'oxygène et d'eau. Que tout chainon manquant peut mettre en péril toutes les espèces.  Oui, nous avons oublié que tout excès conduit à la perte. Trop de social tue le social. Trop de capitalisme tue le capital. Trop d'alcool tue le foie. Trop de foi tue la foi. Et trop d'espoirs tuent l'espoir aussi. Nous devrions pourtant l'avoir compris depuis le temps…comme quoi, les leçons de l'Histoire ne valent rien si personne ne sait les comprendre. Je suis Keynésienne, écologiste et Sarkoziste, Monsieur le Président. Comment est-ce possible ???   

J'ai du faire un mauvais rêve…

Il n'empêche que ce que je disais en 1988 s'est réalisé depuis. J'avais tout juste. En suis-je fière ? Non. Je savais déjà tout ça. C'était logique. Je me suis trompée de vie pendant ces 20 dernières années. J'ai fait dans l'urgence ce que je pouvais pour gagner ma vie. J'ai connu peu de joies professionnelles ou alors de courte durée. Comment voulez-vous que je me satisfasse d'un quotidien banal et répétitif alors que mon esprit est sans cesse en mouvement ? Je ne sais pas rester en place quand la place ne m'apporte rien. C'est comme en amour, au fond : au début, c'est l'attrait de la nouveauté. On séduit, on est séduit, on découvre, on est découvert. Puis viennent vite les habitudes et l'on commence à s'ennuyer, puis à regarder ailleurs si l'herbe est plus verte, jusqu'à partir, même sans autre herbe. L'ennui est la mort de tout. Du moins l'est-ce pour moi.  Sans doute est-ce pour cela qu'à 42 ans, je n'ai jamais su tenir en place. Je pourrais – ce serait si facile – rejeter les fautes sur les autres, sur « pas de chance ». Je n'ai pas cette lâcheté là. Je ne me suis jamais mariée parce que les hommes que j'ai aimés sont tous morts ? Faux. Certains sont morts, c'est vrai, mais après qu'on eut rompu. Et, professionnellement parlant, si j'avais voulu plus de stabilité, j'aurais sans doute forcé un peu mes talents innés pour entrer à l'ENA et faire une carrière dans l'administration. Oh, c'est certain, j'aurais pu avoir un bon job !!! Dans lequel, immanquablement, je me serais ennuyée par manque de mouvements et de perspectives. Donnez-moi un emploi bien rémunéré et intéressant, s'il ne m'apporte plus aucun plaisir intellectuel au bout d'un an, je vais le lâcher.

Je suis un cas, pas vrai ?

Seulement voilà…j'ai 42 ans et sachant ce que je sais sur moi-même et sur le monde qui m'entoure, sur la place que je veux y occuper, je n'ai pas beaucoup d'options d'avenir. Les banques et les investisseurs me prennent pour une dingue. Sympathique et velléitaire, certes, mais dingue quand même ! J'ai plusieurs idées (une par jour en moyenne) dont une qui tient sacrément la corde. Elle est dans l'air du temps, elle peut être financée par des aides étatiques et par des subventions diverses. Je voulais vraiment créer mon Centre Alzheimer privé, une clinique spécialisée pour ces patients de plus en plus nombreux. On vient de me dire de partout que mon idée était excellente mais que je n'avais pas les reins assez solides pour ça. Et, dans le même temps, on me dit aussi que je coûte trop cher à un employeur compte tenu de ce que je gagne en Assedics. Je ne tiens pas à rester au chômage, Monsieur le Président !!! Pas encore de biens patrimoniaux à mettre dans la balance. Je ne vais quand même pas euthanasier ma grand-mère de 90 ans et assassiner mon père de 68 ans, juste pour monter mon projet !!!

Alors, où est l'issue, Monsieur le Président ?

Dois-je rentrer dans le moule, quitter la région Parisienne pour trouver un sous-emploi en Province, à condition toutefois que ladite Province offre des loyers correspondants à de faibles revenus ?

Suis-je plus utile à mon pays en étant régulièrement allocataire des deniers publics ou comme dingue se battant pour créer des emplois ?

Par le passé, je me suis maintes fois posé la question. J'ai souvent cru que mon avenir était dans mes mots. Que je ne pouvais rien pour personne mais que je devais penser à moi avant tout. J'ai fait le tour de tout durant des 11 dernières années. J'ai écrit, j'ai essayé, je fus reconnue comme étant douée…mais pas assez pour en vivre. Si j'y avais cru davantage, peut-être les choses auraient été différentes. Peut-être. J'avais toutes les clés et je n'ai pas voulu ouvrir les portes. Où va se cacher l'orgueil, parfois ? Chez moi, parce que je n'ai encore rien réussi en dehors de quelques rapports humains de valeur, l'orgueil va se cacher dans mes capacités diverses que je veux pouvoir démonter sans bénéficier de faveurs particulières.

Ma seule entorse à ce propos est cette missive, Monsieur le Président. Je n'attends pas de vous une aide mais des réponses.

 

Il est toujours difficile de parler de ce qui nous motive et des choses que l'on ne peut pas faire eu égard à nos convictions.

Je m'entête parce que je refuse de faire payer à ceux qui travaillent mon temps d'oisiveté. Je refuse de devenir un fléau. Je refuse mon état professionnel car, comble de prétention, je vaux mieux que ça.

C'est stupide, je le sais. Je pourrais faire valoir que ce temps de chômage me sert à monter mon projet mais quel projet ? Sachant que le projet est avorté faute de moyens pécuniaires, sachant aussi que les offres d'emploi pour des gens comme moi sont rares, que dois-je faire ? Je suis dans une sacrée impasse , Monsieur.

Je me bats contre ces gens qui vivent du secours social depuis des années, qui ne cherchent pas d'emploi ou qui refusent ceux qu'on leur propose. Seulement…seulement je suis comme eux, au fond. On va me proposer quoi ? Au vu de mon CV et de mon âge, rien. Je ne me fais plus d'illusion. On va regarder mon CV, mon âge et on va me faire passer des tas de tests. Selon les emplois, je réussirai les tests, on me trouvera intelligente et capable de pallier mes ignorances par mon adaptabilité et ma capacité à mémoriser tout en très peu de temps. Oui, j'ai un sacré QI ! La belle affaire que voilà !!! Et après ? Je vais gagner quoi ? 1200€/mois alors que je peux en toucher 500 de plus sans rien faire ?

Ca suffit ! J'en ai marre ! On marche sur la tête !!! Prenons le problème à sa base : les banques.

A qui la crise économique mondiale sert-elle pour de nouveau asseoir son pouvoir ? Les banques et les grands trusts où se sont refugiées les fortunes mondiales ayant fui les déconvenues boursières ou les méfaits de Madoff. Les gens qui ont de l'argent et qui ont du pouvoir ne se sont pas fait avoir par la crise. Vous le savez comme moi. Comme d'autres le savent aussi…n'est-ce pas ? Passons…

Aujourd'hui, sous prétexte de pertes énormes et parce qu'elles doivent se refaire une santé, TOUTES les banques de par le monde sont unanimes pour faire payer leurs petits clients. Au départ, cela commence par les taux d'emprunt. Puis, par les agios et les frais bancaires. Pour un mois difficile, savez-vous ce qu'il m'en a coûté de frais bancaires ? 350€ ! Tout ça pour des oppositions sur prélèvements ! Ils appellent ça des coûts. Cela me ferait presque rire si j'ignorais comment cela se passe au réel dans les banques. Ma mère y était cadre, mon oncle aussi, j'y ai des amis et des cousins, et j'y ai également travaillé. Qu'on ne me raconte pas de conte de fées ! Je sais très bien qu'on nous fait aujourd'hui payer les erreurs de traders trop gourmands. Les spéculateurs bancaires et boursiers nous ont plongés dans le marasme. On les a laissés faire tant que les spéculations permettaient à un système économique mondial de se maintenir. Pourtant, il y avait pas mal de personnes qui s'inquiétaient depuis longtemps des dérives potentielles…et de leurs conséquences.

Je suis une conséquence. Super ! Les patrons-voyous ne m'embaucheront pas parce qu'ils prétendent que la crise les a privés de moyens (pour certains, à la rigueur, je peux admettre quelques baisses de bénéfices…), les patrons peureux ne le feront pas non plus car ils attendent des jours meilleurs pour voir si leur assiette résiste à la vaisselle, les banques ne bougeront pas car je suis un facteur de risque sans garantie (ah mais si j'avais du patrimoine, celui de ma famille par exemple, ces mêmes banques signeraient de suite afin de racheter éventuellement mes biens et les revendre à des japonais !). En somme, et pour résumer l'ensemble, je dois accepter les Assedics pendant 1 an, et le RMI ensuite. C'est cela ? C'est là que se situe mon avenir, Monsieur le Président ?

 

Alors oui, je suis un peu énervée. Désespérée aussi quelque part. Je n'aime pas savoir que je peux faire quelque chose et ne pas pouvoir le faire. Ce constat d'impuissance par manque de fonds me laisse un goût amer. Je me dis que l'on ne pourra pas avancer si l'on ne prête qu'aux riches. Prêter de l'argent à des gens qui n'en ont pas besoin, c'est continuer à faire les autruches et à simuler des croissances là où il n'y a rien. Sans parler des fossés de classes qui se creusent et qui, à terme, vous retomberont dessus, Monsieur. Je sens venir des années mouvementées…mais j'espère me tromper, pour une fois. Je ne ferai pas partie des gens bien pensants de gauche (selon la pensée inique populaire, à Droite, on ne sait pas bien penser…), jamais. Mais s'il faut changer les choses de manière réelle et tangible, je ne choisirais pas la rue pour ce faire. Je choisirais l'action. C'est mon petit côté extrémiste à moi qui s'exprime là. 

Johnny a chanté : « On m'a trop donné, bien avant l'envie, j'ai oublié les rêves et les mercis, toutes ces choses qui avaient un prix, qui font l'envie de vivre et le désir, et le plaisir aussi…qu'on me donne l'envie, l'envie d'avoir envie, qu'on rallume ma vie ». Je change son envie par le prix qu'on mettra un jour peut-être sur les miennes. J'ai plus d'envies et d'idées que je n'ai de moyens et de temps pour toutes les réaliser. Mais une seule d'entre elles donnerait le la à tant d'autres. Je sais m'entourer des compétences que je n'ai pas – on ne peut pas tout avoir – et je sais que j'ai raison de me battre. Bon sang, pour une fois, je sais que j'ai raison de ne pas baisser les bras !

 

Alors, donnez-moi des réponses, Monsieur le Président. Dites-moi que je peux encore croire que le monde de demain ne se fera pas sans moi, à mon humble (encore que je ne le suis pas toujours) niveau. Je suis prête à relever tous les challenges s'il le faut. Je suis intellectuellement armée pour enfin faire de ma vie quelque chose de bien. Ne me laissez pas croire que tout est perdu désormais et que je ne vivrai pas assez longtemps pour voir un monde nouveau. J'ai assez donné et assez tergiversé. Je sais où je veux aller et pourquoi et comment. Je sais qu'on ne sait jamais, chantait Gabin ? Sauf qu'à force de ne plus savoir, j'ai quand même fini par avoir une seule certitude : je vaux mieux que ma vie. Si l'on me prouve demain que ce n'est pas le cas, tant pis, je laisserai le temps faire son boulot et je ne sais quel crabe me bouffer toute entière. Mais pour l'heure, il n'en est pas du tout question. Je veux vivre et vivre comme je l'entends. Avec tout ce que je suis, ce que j'ai appris et ce que je crois être juste pour les autres. Par altruisme ? Non.  Car l'altruisme est toujours un égoïsme déformé. Juste pour moi. Pour que mon éphémère passage sur Terre ne soit pas réduit à des « hélas » qui ne me rendraient pas hommage.

 

Bon, d'accord, cette lettre sonne un peu comme un appel au secours. Je le reconnais. Ces trois derniers mois n'intercèdent pas en ma faveur pour vous offrir un plaidoyer plein d'entrain et d'enthousiasme. A qui la faute ? A personne. C'est ainsi. Il faut parfois savoir admettre que nous avons une véritable responsabilité civile ou personnelle dans tout ce qui nous échoit. 

On tourne en rond, non ? Alors que faire ? Que faire ? Je ne sais plus. En dehors de me battre et d'envoyer des courriers un peu partout pour dénoncer certains abus qui me plantent (ce que je peux cependant comprendre…),  je suis perdue et ne vois nulle issue pour moi. En dehors de…vivre ma passion d'écrire pour ne pas en vivre. Youpi ! Ca, c'est du projet professionnel !!! Je vais écrire un roman qui ne se vendra pas, me battre pour faire jouer mes sketches et/ou devenir un auteur de théâtre inconnu, voire pire, écrire des chansons pour des gens qui n'en feront jamais des albums ! Ne riez pas, je l'ai déjà connu, ça ! Il y a quand même un moment où le talent – si talent il y a – doit être reconnu et rémunéré. Si tel n'est pas le cas, c'est que ledit talent n'est pas suffisant.

Des tas de gens savent écrire. Combien en vivent ?

 

Maintenant, pour conclure, je ne m'attends pas à ce que vous me répondiez de manière aussi longue. Je vous sais très actif et très à l'écoute de tous mais…point trop n'en faut. Je viens déjà de vous voler quelques minutes de votre précieux temps. Je n'ose imaginer pouvoir vous en voler d'autres. Quelques petits mots me suffiraient : battez-vous, continuez, espérez, etc…

A l'heure actuelle, vos conseils me seraient évidemment précieux, mais vos explications engendreraient des considérations multiples, qui , me connaissant, feraient naître des questions auxquelles je préfère pour l'instant ne pas penser bien que ne les ayant pas occultées.  Si vous avez lu ce courrier dans son intégralité, vous le savez déjà, d'ailleurs.

 

En espérant que cette longue missive vous parviendra et dans l'attente d'une éventuelle réponse, je vous prie d'agréer, Monsieur le Président, l'expression de ma considération respectueuse et de mes sentiments les plus dévoués.



Article ajouté le 2009-01-28 , consulté 160 fois

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