Leçon de vie - ou d'absence de vie, c'est selon - en ce jour.
Cela faisait longtemps que je voulais parler clairement d'un sujet qui nous concerne quasiment tous, directement ou pas. Je voulais parler de nos addictions primaires, addictions qui ruinent notre santé et parfois, hélas, la vie de ceux qui nous approchent.
Je voulais parler des mensonges de la vie quand on se croit plus fort que tout le monde et qu'on refuse d'admettre que pour supporter la vie, on fait appel à des artifices. On sombre en âme et conscience vers tout ce qui pourrait nous faire oublier qui nous sommes. On plonge sans même s'en apercevoir dans un monde réel certes, la plupart du temps, mais qui nous fait tellement mal qu'on veut l'oublier dans des paradis artificiels.
Certains choisissent la drogue.
A 15 ans, j'ai choisi l'alcool car c'était le seul placebo à ma portée. Je venais de perdre mon premier grand amour dans un accident de voiture causé par un mec îvre. Je ne sais pas si c'était voulu ou pas de ma part mais quand j'ai appris cela, j'ai vidé le bar de ma grand-mère. Pour moi, c'était la seule solution pour éviter d'avoir mal ou pour aller au plus profond de mon mal. Je croyais noyer la douleur dans le coton quand je n'ai fait que me noyer dans un bain chaud devenu tiède puis froid. Je n'ai pas vraiment réalisé, en y repensant. Cétait en avril 1982. Je n'ai plus jamais lâché l'alcool depuis. Enfin, jusqu'à l'an dernier quand je me suis aperçue que je prenais ma vie du mauvais côté et qu'au lieu de me battre, je m'enfonçais. Vous savez, j'ai toujours le réflexe primaire, quand j'ai peur ou que je suis lasse, d'aller me prendre un verre. Je le fais parfois. Mais un verre, deux peut-être, jamais plus. Je contrôle.
Je ne suis pas une alcoolique classique dans le sens où je peux rester sans boire pendant plusieurs mois sans en ressentir de manque. Je suis une alcoolique latente toutefois car je sais que dans les coups durs, mon premier réflexe ira là. Je fais tout pour me contrôler. Et si j'en parle aujourd'hui c'est parce que je ne veux pas que mon problème d'addiction - même latente - soit tabou. Je me suis trop lontemps tue par honte de moi-même. J'avais honte et peur des mots. Je craignais qu'on m'enferme ou qu'on m'oblige à aller cotoyer de vrais alcooliques. J'y suis allée une fois. Je suis même allée voir un psy !!!
Il y a cette dualité en moi qui se partage entre force et renoncement. Mon renoncement, je le signe par mon refus d'arrêter de fumer. Ma force est d'être encore debout malgré tout. Je me demande souvent pourquoi j'ai continué à vivre ou à survivre. Car enfin, dans mon cas, mes 11 dernières années relèvent davantage de la survie que de la vie même quand j'ai bien vécu. J'ai eu des périodes fastes où j'ai apprécié chaque petit bonheur au jour le jour. Cependant, on sait tous qu'un petit bonheur appelle toujours un voeu de plus grand bonheur et tout s'enchaîne.
Alors on fait semblant que tout va bien, tout en sachant au fond de soi que quelque chose déconne. On met le doigt dessus. Et on refuse de faire ce qu'il faut pour changer cela. Par habitude, par manque de perspectives, par honte. On se dit que non, on ne peut pas être comme les autres, qu'on est en vie et qu'on ne souffre d'aucun problème addictif. C'est des conneries tout ça.
Je me suis réveillée un jour en sachant très exactement ce qu'il me manquait et pourquoi j'avais de très mauvaises habitudes addictives. Je ne l'ai pas reconnu publiquement de suite. Il me fallait attendre d'avoir fait la part de toutes choses pour en parler. Ce que je fais aujourd'hui et que j'ai commencé à faire récemment auprès de ma famille et de mes proches amis. Je ne veux plus jamais mentir sur ce que je suis.
Je suis une faible forte. Ou une forte faible. Au choix. J'ai fait le choix de parler de mon addiction à l'alcool quand je déraille ou que la vie me met des bâtons dans les roues, comme en ce moment...mais c'est justement en ce moment que je lutte contre mon envie d'aller m'acheter une bouteille de bon whisky.
Je vais vous dire un secret : je ne suis pas une bonne alcoolique. Je ne tiens pas l'alcool. Deux verres ou trois et je pars en vrille. Jamais bien d'ailleurs. En général, je finis en pleurs. Cela fait très très longtemps que je ne suis pas allée jusques-là.
Quand je dis que je me contrôle, cela signifie que je refuse de boire plus que de raison. Je refuse de boire tous les jours. Je refuse d'être malade. J'écoute mon coeur. Je sais ce qu'il me dit aussi. Mes triglycérides sont, par nature, trop élevées. Ma mère avait le même souci alors qu'elle ne buvait pas et ne fumait pas non plus. Mes oncles itou. Imaginez l'effet de l'alcool sur le sang trop épais au départ ? Cela n'aide pas vraiment à le rendre plus fluide, croyez-moi !!! Un médecin, en 2004, m'avait dit que je mangeais trop riche et trop gras car mes triglycérides étaient celles d'une personne obèse. Je ne lui ai jamais dit que l'alcool en était la cause. Je pense qu'il s'en doutait.
Tout est parti de la mort de Denis. Je n'ai pas su assumer ça. Elle venait après la mort de mon grand-père et celle d'un copain de collège (Franck) peu avant. La mort, à 15 ans, c'est quelque chose qui nous échappe totalement. Alors, j'ai voulu mourir.
L'alcool, le mûr que je faisais tous les soirs du printemps 1982 pour retrouver des pseudos-copains qui me fournissaient de quoi boire et encore espérer, la haine envers tout ceux qui ne voulaient pas comprendre mon désarroi, mes parents qui laissaient faire car ils étaient désarmés et que je ne leur parlais pas, tout ça fit que je commençais lentement et sûrement à prendre pieds dans une vie parallèle où l'alcool me servait de force. J'ai voulu mourir en juin 1982. Quand j'ai vu le camion, j'ai reculé et me suis effacée. Je suis rentrée chez moi et ai bousillé ma main droite sur une armoire en chène massif ! Depuis, je n'ai jamais plus voulu me suicider. Quoique...
Il y a ceux qui décident d'en finir une fois pour toutes et qui ont à la fois le courage et la lâcheté de commettre le geste final. Je pense à mon cousin Gérard qui, en 2004 a fini sous un train à Melun. Je n'ai jamais eu ni l'un ni l'autre. J'ai laissé faire tout en faisant le maximum pour me bousiller la vie. J'avais à la fois envie de me battre et envie de laisser tomber en remettant ma petite vie insipide entre les mains du sort.
Aujourd'hui que j'ai atteint un certain âge et l'assurance que la vie dont je rêvais étant enfant ne serait jamais ma vie, je me tourne vers tout ce que j'ai pu râter. Je ne suis pas responsable de tout, bien sûr, car les garçons que j'ai pu aimer après Denis ne sont pas morts (sauf Laurent) à cause de moi. J'ai longtemps cru que je portais la poisse. Ca me confortait dans ma solitude et dans mes convictions que ma vie n'était pas faite pour être vécue puisque je faisais même mourir les gens que j'aimais. Cétait faux. Naturellement.
J'ai même récemment pensé - très brièvement - que mon temps de vie était calqué sur celui de ma mère et je me suis fait très peur.
La vérité c'est que je ne veux pas mourir. Enfin, pas maintenant. Ni dans 10 ans. Le plus tard possible serait le mieux.
La vérité c'est que j'ai conscience d'être tellement passée à côté de ma vie qu'à bientôt 43 ans, je me dis qu'il n'est peut-être pas trop tard pour en faire quelque chose de bien.
La vérité c'est que j'aime la vie. La mienne, avec toutes mes emmerdes. J'aime même la mort des autres car sans elle, jamais je ne me sentirais si vivante. C'est affreux ce que je dis là...je sais. J'ai une peur viscérale de ma propre fin. N'étant pas croyante, j'imagine que ma mort signifiera la mort de tout ce que je fus. Si je devais mourir demain, à part des regrets et la douleur de mes proches parce qu'ils savent depuis bien avant moi ce que je suis et ce que je vaux, je ne laisserai rien. Ce sera sans doute encore le cas dans 40 ans (oui, c'est mon petit côté optimiste qui parle) sauf que d'ici là, j'espère avoir fait quelque chose de mieux qu'écrire en vain. J'espère avoir pu compenser mes années d'absence.
La vérité c'est que les addictions ne sont pas toutes visibles et conscientes. Il y en a de plus vicieuses, les latentes, celles qui ressurgissent quand on voudrait les avoir oubliées.
J'aimerais par ce mot alerter tous ceux et toutes celles qui ne pensent jamais qu'un verre pris seul chez soi le soir n'en appelle jamais d'autres. A ceux et celles qui ont besoin d'artifices pour tenir bon car ils ne savent pas parler de leur désarroi.
Je ne sais pas s'il faut plus de courage pour avouer nos défauts dépendants ou pour les cacher pendant toute une vie.
J'ai choisi d'en parler. Cela s'appelle peut-être avouer et admettre que nul n'est plus fort que les autres. On a tous des faiblesses, finalement. On les exprime tous différemment. J'ai opté pour ce blog après en avoir longuement parlé avec mes proches. Je tiens vraiment à ce que ce que je viens de dire puisse aider d'autres personnes atteintes d'autres addictions. Je ne sais pas si j'y serai parvenue. Qu'importe. Je suis persuadée que parler reste la solution.
Je vous écoute....
Nos différences sont notre force.
Voici une profession de foi en l'être humain uniquement. Une profession de foi qui incorpore les fois diverses qu'ont tous les êtres humains depuis des siècles et des siècles. Fois ancestrales monothéistes ou fois plus diverses en des dieux nés d'espoirs. J'ai tout lu sur les fois de ce monde et si j'en pouvais, moi l'athée mais pas agnostique ni nihiliste pour un sou, en retenir quelque chose c'est que toute foi n'est dictée que par l'espoir de lendemains meilleurs. C'est ce qui fait sa force et sa faiblesse. Car la force des uns est toujours la faiblesse des autres.
Qui détient la vérité ultime ? Personne. J'ai lu et relu toutes les théologies depuis leurs fondements jusqu'à aujourd'hui. Personne n'a raison mais personne n'a tort. Je crois. Je crois que si les hommes sont capables de croire qu'une force « divine » voire invisible ou incommensurable peut les conduire à espérer ce qu'ils veulent pour eux-mêmes et parfois, rarement, pour tous les autres, on peut en conclure qu'il y eut des illuminés vertueux selon les préceptes édictés par leur foi qui ont tenté de faire naître un monde de liberté et d'équité. Et qui y sont parvenus. Jamais autant qu'ils auraient pu le vouloir et le rêver, mais à leur échelle, qui fit naître tant d'autres espoirs et tant d'autres rêves. Le monde n'est pas fait de liberté partout et tout le monde n'en a même pas la même notion !
Pourtant, quand on y regarde de plus près, ce qui motive l'humain, en dépit de sa foi ou de sa culture innée, c'est sa constance à chercher la liberté d'être ce qu'il est et d'exister. Depuis la nuit des temps, l'être humain a toujours cherché à imposer son intelligence et sa volonté sur tout ce qui pouvait l'empêcher de vivre. Il est devenu prédateur en fabriquant des armes capables de tuer les animaux qui allaient le nourrir. Puis il a domestiqué certaines espèces, pour se déplacer ou se nourrir sans avoir à chasser. Il a appris à chasser d'autres êtres humains pour un territoire et tout s'est enchaîné. D'un territoire à un pouvoir, d'un clan à un empire, il y a quoi ? L'espace d'un orgueil servi par des affamés de pouvoir qui ont engendré plus de guerres à eux seuls durant ces derniers millénaires que par les desseins mégalomaniaques d'un seul homme. Aucun tyran de par le monde et l'Histoire n'aurait pu régner s'il n'avait eu à son service des « serviteurs » dévoués à ses causes pour leur seul bénéfice. Nul ne peut régner sans vautours asservis. Parce que lorsque l'Homme a pris le pas sur le règne animal, il était écrit sans doute qu'il devrait lutter contre lui-même.
Je suis athée. Par cela j'entends que ma vision de la création terrestre ne dépend d'aucune foi et que je rejoins les scientifiques dans leur approche. A mes yeux, nous sommes tous des protozoaires dominants qui avons su survivre en tuant ce qui nous a fait survivre. Nous avons développé pendant des millénaires, bien avant que nous devenions des bipèdes, l'instinct de survie qui a conditionné ensuite la vie sur Terre. Que nous descendions du singe, de la poule, de l'œuf ou du têtard, nous sommes tous des prédateurs. Sans quoi, nous n'aurions jamais pu survivre. C'est la loi naturelle qui prévaut sur la technologie quand on pense que l'être humain n'avait alors qu'un cerveau à peine aussi développé que celui de la grenouille. Mais de ce batracien dont nous avons mangé les cuisses, nous, en France, et sur lequel nous n'avons jamais arrêté nos études au-delà de nos expériences cruelles sur ces animaux, nous devrions cependant nous souvenir qu'à l'instar de la grenouille, nous ne savons pas prévenir les dangers quand on nous a plongé peu à peu dans des mares d'eaux dormantes, puis chauffantes, puis nocives, puis acides et enfin bouillonnantes. On ne sait toujours pas prévoir quand l'eau de baignade sera dangereuse pour nous.
Et pourtant…pourtant, nous le savons instinctivement. Nous savons que ce qui est aujourd'hui dénoncé peut nous arriver demain. Nous savons que ce que des fous ont imaginé hier, on peut le créer désormais. On peut tout faire sauf…………………………………nous sauver.
Nous avons perdu l'instinct primaire du clan. Nous avons perdu de vue que le but premier de toute espèce était de survivre. Nous avons fait des guerres. Pour la foi, pour la liberté. Nous avons avancé jusqu'à imaginer un monde meilleur, où 6 milliards d'êtres humains seraient enfin égaux en droits et en pensées, quelles que fussent leurs fois et quels que fussent leurs espoirs. Nous nous battons depuis plus de 200 ans un peu partout pour ce que nous pensons être vrai et juste et équitable. Il m'arrive parfois de me demander si ce qui est vrai pour le monde Occidental l'est forcément pour le monde d'ailleurs. Peut-on concevoir la liberté de la même façon en Europe de l'Ouest, aux USA, en Chine, en Tanzanie, en Birmanie ou en Patagonie ? Tant de siècles d'Histoire de nos propres pays nous séparent. Ce qui est naturel chez moi peut-il être mis en place à l'autre bout de la planète ? J'aimerais que cela soit le cas mais, encore une fois, est-ce que je suis sûre de détenir la vérité absolue ? Si je détruis un mode de vie au profit du mien, en apportant ma vision de la liberté et de l'athéisme ou en ne faisant qu'émettre des doutes raisonnables sur les croyances ancestrales du cru, est-ce que je fais pour le mieux ? Ne vais-je pas apporter avec moi de nouvelles croyances en des dieux moins pacifiques qui apporteront les notions d'orgueil, de pouvoir et de marché de dupes ? Que vais-je casser et qui durait depuis bien avant moi ? Que vais-je donner de mieux ?
L'arrogance de l'Homme est ce qui le conduira à sa propre perte quand il ne comprend pas que le mieux peut s'avérer être l'ennemi du bien et qu'il ne faut jamais gommer les différences puisque ce sont ces mêmes différences qui enrichissent et permettent l'évolution.
...des autres. Tous ceux qui ont fait ou interprété des chansons sublimes et qui m'ont longtemps inspiré et qui m'enchantent toujours. Je ne peux pas dignement montrer ce que j'ai essayé de faire pendant des années sans évoquer ceux à qui j'ai tenté de ressembler.
Gloire aux artistes musicaux parce que la musique est le coeur de ma vie, en dépit de tout.
Voici donc en vrac mes références multiples, bien que j'ai volontairement effacé la musique classique car, selon moi, elle est la base de tout. Elle ferait l'objet d'un sujet à elle seule.
* Chansons françaises :
- Le troubadour (Peck)
- Tout mais pas ça (L'Affaire Louis Trio)
- Il faut que je m'en aille (Graeme Allwright)
- Suzanne (Graeme Allwright)
- Je sais (Jean Gabin)
- Dans la vie faut pas s'en faire (Maurice Chevalier)
- La mamma (Charles Aznavour)
- Hier encore (Charles Aznavour)
- Potemkine (Jean Ferrat)
- Jojo (Jacques Brel)
- Tu ne dis jamais rien (Léo Ferré)
- Etre (Charles Aznavour)
- Révolution (Daniel Balavoine)
- Nathalie (Gilbert Bécaud)
- Ballade Irlandaise (Bourvil)
* Autres langues :
Vous n'avez jamais remarqué que nous utilisions souvent certains mots par habitude pour les tics de langage, par mimétisme pour les mots à la mode, et par paresse quand on n'a pas le temps ni l'envie d'en chercher un ou des synonymes ?
Pourtant, ces mots traduisent nos quotidiens. Ils disent mieux que nous où nous en sommes par rapport à ce qui nous entoure.
Je m'amuse régulièrement à écouter les autres parler. Rien de plus « parlant » que l'expression d'un seul devant un groupe. Les réunions sont en cela très révélatrices. Petit essai sur l'art de communiquer :
D'abord il y a les guindés, les prétentieux du verbe. On les reconnait à leur langage recherché. Ils usent et abusent de mots dont ils ignorent parfois la réelle signification mais qui font bien dans les conversations et les discours. Ils perdent d'ailleurs leur auditoire durant les 5 premières minutes de leur allocution. On peut alors observer que l'orateur n'en a cure et qu'il continue à fleurir ses dires de mots savants placés dans des phrases sans sens profond. La profondeur des discours est affaire de philosophes, pas d'orateurs sûrs d'eux qui ne viennent que pour en mettre plein la vue à tout le monde. Et tout le monde en a tellement plein la vue que les nez se penchent de plus en plus sur les feuillets devant eux, les yeux se promènent dans la contemplation d'un spot, d'une table, d'une bouteille d'eau ou d'une tasse de café, les pensées se perdent loin du discours et les oreilles n'entendent plus que le bruit feutré d'une voix atone qui, parce qu'elle est trop imbue de son discours - et de sa personne - ne fait rien pour retenir l'attention d'un auditoire qu'elle croit acquis à ce qu'elle est.
Puis il y a les intelligents. Ils alternent savamment les phrases longues, construites avec des mots compliqués et des idées qui le sont tout autant, et les phrases courtes, faites de formules choc destinées à réveiller les auditeurs par des mots simples. Les plus zélés d'entre eux utilisent même des anglicismes afin de paraître plus en avance que les autres.
Ils sont souvent agréables à écouter s'ils savent aussi donner des intonations variables à leurs voix. Je me souviens d'un professeur, à la faculté de Droit de Bordeaux, qui enseignait une matière pourtant passionnante. Mais sa voix était si dénuée de variations qu'elle avait le même effet qu'un somnifère. Il faut vivre les mots que l'on prononce, sinon pour soi, au moins pour ceux qui ont la gentillesse et la politesse de venir nous écouter. Pas la peine d'avoir suivi un cursus en communication pour comprendre cela. Il suffit d'écouter, d'observer et d'allumer la télévision.
Ensuite viennent les expéditifs, les toujours pressés. Ils ne sont pas mal à l'aise quand il s'agit de s'exprimer en public mais ils n'aiment pas cela. Ils préfèrent souvent l'expression par les actes et réduisent leurs discours au minimum quasi syndical. On sait qu'on a à faire à un expéditif quand une allocution dure moins de 2 minutes, montre en main et que l'essentiel y est dit. Le discours y est dynamique, la voix impatiente, limite agressive. Ils provoquent des réactions dans l'auditoire mais n'en ont que faire car leur objectif est déjà ailleurs. Pour eux, communiquer est souvent une perte de temps.
Cependant, l'expérience a maintes fois démontré que ne pas savoir communiquer pouvait ruiner des carrières ou des ambitions de carrières. Il faut savoir expliquer au plus grand nombre ce que l'on pense, ce que l'on veut, s'en faire comprendre et s'en faire aimer si besoin.
Enfin, il y a les « euh ». Parmi eux se trouvent les timides, les indécis, ceux qui viennent parler parce que personne ne peut le faire à leur place et qui ne savent jamais quoi dire, comment se tenir, comment convaincre. Il faut dire qu'avant de convaincre les autres, il faut déjà être soi-même convaincu. Et c'est bien là tout le problème.
Un politicien dont je tairais le nom émaille chacune de ses allocutions de « euh » tous les 4 ou 5 mots. C'est un calvaire à écouter !!! Il semble sans cesse chercher ses mots, comme s'il ne savait pas exactement ce qu'il voulait dire. Pour un politicien, c'est grave. Je l'ai écouté dans des discours locaux, plus centrés sur des questions précises et auxquelles il aurait du pouvoir répondre du tac au tac ; je l'ai également écouté dans des discours politiques et face à des journalistes. Si on enlevait tous les « euh » de ses allocutions, son temps de parole serait réduit aux trois quart ! Du coup, on perd le fil de ses idées car les « euh » ralentissent considérablement le sens des choses. Même si l'on peut partir du principe que ces arrêts dans le débit permettent aux auditeurs de mieux assimiler les propos précédents avant d'enchaîner sur les suivants. Mauvais prétexte. Le « euh » traduit l'hésitation, l'incertitude et le manque évident de conviction, voire de passion.
Et pourtant…pourtant, un bon orateur doit pouvoir réunir les qualités et les défauts des catégories sus-nommées. Il doit pouvoir assommer son auditoire avec des mots savants et des phrases longues quand il veut être certain que personne ne le comprendra car il ne veut pas être compris sur le point précis dont il est question. Mais il doit ensuite très vite passer en mode dynamique par une phrase choc, avec des mots percutants. Il doit enfin aller très vite à l'essentiel sous peine d'être plus tard accusé d'avoir voulu endormir les autres dans un discours volontairement trop global et pas assez précis. Et, il lui faut savoir placer, de façon harmonieuse et calculée, quelques « euh » lors d'explications plus complexes nécessitant l'absolue concentration de tous.
La communication n'est pas seulement le fait de parler mais de savoir le faire de manière opportune.
Je pourrais aussi longuement discourir par écrit sur la communication non verbale et qui a également énormément d'importance. Mais ce serait trop long pour aujourd'hui car le sujet de mon thème du jour porte sur les mots, non sur la communication dans sa globalité.
Aussi, pour revenir au sujet initial, quand je parlais des mots qui trahissaient notre quotidien, j'entendais que selon nos humeurs nous favorisions souvent l'usage de certains vocables par rapport à d'autres.
Par exemple, en ce moment, je fais régulièrement référence à des adverbes de temps. Vous qui me lisez le remarquerez aussi. Non que je sois obsédée par le temps qui passe (et encore moins par le temps qu'il fait !) mais savoir se placer dans l'espace et le temps est essentiel à mes yeux. On ne peut pas mélanger un présent, un passé simple et un futur dans une même phrase !!! Ne riez pas, certains auteurs débutants de fanfictions ( = épisodes de séries ou de films virtuels écrits par des fans) le font très fréquemment. C'est d'ailleurs là que j'ai appris que le passé simple du verbe rire à la 3ème personne du singulier était : ria. Je ne me moque pas mais cela me fait mal à mon français. Passons…
En tout cas, depuis quelques jours, je suis dans le presque. Quand on me demande si tout va bien, je réponds que ça va presque parfaitement bien. Tout est presque. Pourquoi ? Parce que je suis presque quelque chose, quelqu'un, que je vais presque faire quelque chose de ma vie, que j'ai presque l'âge limite pour le faire, que j'ai presque assez de temps devant moi pour me projeter longuement dans l'avenir. Allez savoir ! Je constate juste que j'utilise ce mot très régulièrement et que cela a probablement un sens. Presque c'est toucher du doigt un but et savoir qu'on ne l'a pas encore atteint. Dans presque, il y a la notion de temps et d'espace qui m'est si chère. Je ne mets jamais presque au temps passé. On ne rate jamais presque quelque chose. On le rate ou on le réussit. Le presque est au futur ou au présent, jamais au passé. C'est du moins ma vision du sens du mot.
J'ai presque fini. Vous voyez ? C'est bien un futur, non ? Même si j'ai écrit au passé composé !!! Ah les joies de la grammaire française…!
Et vous, vous en êtes où avec vos mots ?
Monsieur le Président,
« Je vous fais une lettre que vous lirez peut-être si vous avez le temps ». Je n'ai pas pu résister, pardon. J'aurais aimé faire une introduction plus classique, plus politiquement correcte car Boris Vian était tout sauf politiquement correct, vous en conviendrez. Mais commencer une missive par « Monsieur le Président » m'engage de facto sur « Le déserteur ». Réflexe cérébro-spinal à tendance pavlovienne, à ce que l'on m'a dit. On ne se refait pas. J'ai plusieurs références innées de par ma nature, qui vont de la chanson française au cinéma en passant par…l'économie. Je suis une Keynésienne de Droite, Monsieur le Président. Je l'ai toujours été.
Mais peut-être faut-il que je me présente rapidement à vous afin que vous situiez mieux mon petit personnage. Je suis née le 27 janvier 1967, à Bordeaux. Mes parents étaient respectivement cadre bancaire et manipulateur radiologue. J'ai eu une enfance sympa, il faut le dire. Pas dorée mais j'ai toujours mangé à ma faim, j'ai toujours eu un nid douillet où grandir (même si le terme ne convient pas forcément à mes 146 centimètres), j'ai voyagé en Europe et aux Etats-Unis grâce à mes géniteurs, nous allions aux sports d'hiver en hiver, sur la Côte d'Azur puis les Hautes Alpes l'été, et j'ai appris la tolérance et le respect de tout ce qui vivait. Mes parents étaient formidables. Ma mère est décédée le 8 janvier 1998. Mon père vit encore et s'est recasé rapidement après la mort de ma mère, avec mon accord et celui de mon frère. Nous formons une famille unie, malgré les difficultés des uns et des autres. Ensuite, je suis allée à l'école, j'ai appris ce qui ne me sert pas, j'ai tenté de faire des études mais comme je m'ennuyais déjà depuis le CP, j'ai voulu apprendre sur le terrain. Et je l'ai fait. Je suis ce qu'on peut appeler une autodidacte qui a cependant poussé le vice jusqu'à faire pas mal d'études diverses mais sans ambition précise.
Moi, ce que je voulais, c'était écrire. Or, il n'y pas d'école pour écrire. Alors, j'ai suivi le cours des choses. En écrivant chez moi, en catimini, pour le confort de quelque tiroir. J'ai fait tant de métiers différents qu'il serait trop long de vous en faire la liste. Je n'ai trouvé qu'une seule fois quelque chose qui m'accrochait autant que l'écriture. Et j'ai attendu plus de 40 ans pour ce faire. Mais, pendant un an, je me suis régalée.
Aujourd'hui, je fais le bilan de tout. Politiquement, je suis dans une mouvance de demain, celle qui va devoir naître des échecs récents. En l'espace de 20 ans, nous avons tous vu les dogmes du XXème siècle s'effondrer. Le communisme s'est rallié au libre échange un peu partout dans le monde, malgré quelques petites poches de résistance. Le capitalisme vient de voir ses limites franchies. Il est en sursis mais moribond. Le socialisme est une aberration face à la logique. Alors, demain, où aller ? Il y a 20 ans que je ne vote quasiment plus. Je l'aurais bien fait en 2007 mais j'ai déménagé en janvier et je ne pouvais donc m'inscrire nulle part. Quant au vote par procuration…merci, mais non merci. Il se trouve cependant que j'ai défendu vos idées partout où j'ai pu passer. Je les défends encore aujourd'hui…enfin, la plupart du temps. Je ne viens pas lécher vos bottes, Monsieur le Président. Je ne suis pas d'accord avec vous sur tout. Mais je vous accorde, comme à vos prédécesseurs, des circonstances atténuantes car la France est un pays très compliqué à régir. Les Français sont versatiles et pas toujours honnêtes, y compris avec eux eux-mêmes. Ils ont tendance à juger selon leur portemonnaie avant d'aller se plaindre selon leur cœur. Je n'aimerais pas être à votre place.
Mais il est en votre pouvoir de changer les choses et d'amener les Gaulois râleurs que nous sommes à nous positionner de façon adulte et responsable face aux échéances actuelles et à venir. De tous les maux passés aux maux actuels, de toutes les idées qui ont pu naître au fil des siècles, je crois en la capacité qu'a l'être humain de rebondir sur tout. Bien sûr, il y en a toujours qui restent sur le pavé, qui n'ont pas cette force en eux. Je ne les oublie pas. J'en connais certains et, par mon cursus professionnel, il m'a été donné aussi d'en rencontrer beaucoup qui préféraient mourir que de se battre. Un ami schizophrène avec tendances suicidaires m'a récemment dit que les gens n'étaient malheureusement pas tous comme moi. Moi, je suis plutôt comme vous, avec moins de réussite s'il en est. Je fais partie de ceux et de celles qui peuvent parfois ployer sous des circonstances malheureuses et des aléas qui s'enchaînent, mais qui ne rompent jamais. Tel le roseau de Pascal, je pense, je suis, et tant qu'il me reste un souffle de vie, je me bats pour faire valoir ce que je suis, ce que je pense, ce que je vaux.
Cependant, Monsieur le Président, faire valoir ce que l'on vaut quand on est autodidacte, c'est s'engager dans des chemins sans grande issue. C'est être, avec le temps, toujours confronté à ces jeunes plus diplômés que vous et qui coûtent moins cher. C'est aussi devoir démontrer sans cesse que nous avons les capacités de l'emploi qu'on convoite. Le combat est rude, croyez-moi ! Il faut de la constance, de l'opiniâtreté, ainsi qu'une bonne dose de confiance en soi qui, poussée à l'extrème, nous fait passer au mieux pour des fous visionnaires mais sans écho réel, au pire pour des narcissiques. Vous en savez quelque chose, n'est-ce pas ? Sauf que vous avez le pouvoir et moi uniquement celui d'enrager.
J'ai fait un rêve, disait Martin Luther King. Le sien est aujourd'hui devenu une certaine réalité avec l'élection d'Obama. J'ai aussi fait un rêve, il y a plus de 20 ans de cela, quand Mitterrand fut réélu en 1988 et que j'ai piqué ma plus grosse colère politique de tout temps à jamais. C'est d'ailleurs suite à sa réélection que j'ai boycotté les urnes.
Oui, j'ai fait le rêve de voir une nouvelle gouvernance prendre les rênes du pouvoir, en France et partout dans le monde. J'ai fait ce rêve absurde et merveilleux qu'on pourrait demain – le demain de 1988 est arrivé, nous y sommes aujourd'hui – changer les idéologies des siècles aboutis et révolus pour trouver une nouvelle direction politique et économique. Sans oublier ou renier le passé mais en tenant compte des nouveaux impératifs mondiaux qui sont, dans le désordre : internationalisation des échanges, gouvernance mondiale via des organismes qu'on tend souvent à dénigrer (FMI, ONU et autres), création de nouveaux pouvoirs en terme de balance politique et économique (l'Europe est un modèle de démocratie à l'ancienne qui a néanmoins toutes les données en son pouvoir pour devenir un modèle de démocratie de l'avenir. En ça, je crois fermement !), relations entre Etats et religions qui font mauvais ménage quand l'Etat n'est pas séparé de la religion. Et j'en passe forcément.
Non, je n'ai pas fait Sciences-Po, pas l'ENA non plus. Je ne suis pas issue des Ecoles dont sont sortis tous les ténors de l'économie actuelle.
Mais, allez savoir pourquoi, je sais que mes convictions me donnent sans cesse raison. Je n'ai jamais tort quand il s'agit de perspectives. J'ai la foi en…moi. Tout comme j'ai foi en des hommes tels que vous ou Barack Obama. Ou, à moindre échelle, Dominique Strauss-Kahn. Je vais vous faire bondir de votre siège peut-être, mais j'ai toujours eu beaucoup d'intérêt pour les visions économiques de Jacques Delord, Raymond Barre, Alain Juppé, Michel Rocard et DSK.
Je vais acheter le livre de Duhamel dans les prochains jours. D'abord parce que je suis férue d'Histoire et d'Histoire napoléonienne avant tout , et puis parce que je retrouve peut-être quelque part en vous la force qui mena un petit Corse à de si grandes choses. On condamne souvent Napoléon pour sa folie des grandeurs sans tenir compte de l'époque à laquelle il vivait. A mes yeux, il fut le premier européen. On lui doit tant de choses…Alors, parce que le monde d'alors n'était pas prêt à accepter l'hégémonie d'un seul - le pouvoir doit être partagé par le peuple, disent les préceptes de la démocratie, car si le pouvoir est à un seul, cela s'appelle une dictature - , parce qu'il n'était pas possible de faire des alliances sans guerre, parce que faire entendre raison à des pays qui voyaient la France comme un repère de révolutionnaires sanguinaires qui avaient imaginé un monde meilleur et qui avaient inventé la Terreur, Napoléon fut jugé coupable de mégalomanie et de despotisme. Pourtant, quand ses soldats mourraient de froid en Russie, l'Empereur était malheureux. Il était des leurs et, d'après ce que j'en ai lu de divers auteurs, il ne s'est jamais pardonné d'avoir poussé trop à l'Est les frontières de son Europe. On pourrait refaire l'Histoire cent fois sans parvenir jamais à admettre que Napoléon fut un visionnaire excessif parce qu'il n'était pas né à la bonne époque et qu'il était militaire avant tout. Militaire, épicurien et visionnaire. Autant dire qu'il avait tout pour déplaire à ces juges de l'Histoire qui n'admettent jamais qu'on puisse vouloir avancer vers demain.
Laissons l'Histoire juger demain. Ni vous ni moi ne serons là pour en parler. Mais laissez de vous une trace, Monsieur le Président. Vous en avez l'étoffe et la volonté. Vous êtes le seul avec Obama aujourd'hui à pouvoir « inventer » un nouveau monde. On se moque de vos alliances et des compromis. Si vous parvenez à sortir le monde de son marasme actuel, si vous parvenez à faire croire aux gens qu'il y a autre chose que la spiritualité religieuse (je suis athée, non baptisée, non croyante mais philosophiquement proche des bouddhistes) et que nous vivons tous sur la même planète, que notre seul devoir est de la préserver, y compris de nous-mêmes, alors, vous aurez gagné et les compromis (voire compromissions, il ne vaut pas être dupe !) seront acceptés comme étant les termes inexorables d'un équilibre mondial. Le monde doit être tenu par une force internationale de même intérêt mais avec un seul chef. Un exemple de démocratie à échelle mondiale, si vous voulez . Un regroupement nécessaire de toutes les forces et de tous les organismes mondiaux autour d'un même objectif qui serait : bâtir demain.
Le XXIème siècle devra être une charnière entre hier et demain. Nous connaissons tous les enjeux. Il y a des enjeux à court terme comme régler les problèmes actuels, et les enjeux plus planétaires qui participent des actions de tous. 6 milliards de pollueurs entassés sur une seule planète en danger, ça fait un challenge énorme à relever. Je crois que nous en sommes là : trop nombreux et trop différents, trop culturellement éloignés, trop impliqués dans nos soucis du moment, pas assez à l'écoute des autres. Nous sommes comme un corps humain dont les poumons recrachent le dioxyde qui tuera son voisin ; dont le cœur ne bat plus de manière régulière et dont on a diagnostiqué plusieurs caillots sanguins dans les coronaires ; dont le foie n'ingère que le pire et laisse le meilleur à une rate endommagée ; dont les reins ne filtrent que les infos populaires ; et dont le cerveau qui est sensé régir tout ça se partage bien trop entre ses deux hémisphères. Nous avons oublié que tout ce qui vit sur cette planète a besoin d'oxygène et d'eau. Que tout chainon manquant peut mettre en péril toutes les espèces. Oui, nous avons oublié que tout excès conduit à la perte. Trop de social tue le social. Trop de capitalisme tue le capital. Trop d'alcool tue le foie. Trop de foi tue la foi. Et trop d'espoirs tuent l'espoir aussi. Nous devrions pourtant l'avoir compris depuis le temps…comme quoi, les leçons de l'Histoire ne valent rien si personne ne sait les comprendre. Je suis Keynésienne, écologiste et Sarkoziste, Monsieur le Président. Comment est-ce possible ???
J'ai du faire un mauvais rêve…
Il n'empêche que ce que je disais en 1988 s'est réalisé depuis. J'avais tout juste. En suis-je fière ? Non. Je savais déjà tout ça. C'était logique. Je me suis trompée de vie pendant ces 20 dernières années. J'ai fait dans l'urgence ce que je pouvais pour gagner ma vie. J'ai connu peu de joies professionnelles ou alors de courte durée. Comment voulez-vous que je me satisfasse d'un quotidien banal et répétitif alors que mon esprit est sans cesse en mouvement ? Je ne sais pas rester en place quand la place ne m'apporte rien. C'est comme en amour, au fond : au début, c'est l'attrait de la nouveauté. On séduit, on est séduit, on découvre, on est découvert. Puis viennent vite les habitudes et l'on commence à s'ennuyer, puis à regarder ailleurs si l'herbe est plus verte, jusqu'à partir, même sans autre herbe. L'ennui est la mort de tout. Du moins l'est-ce pour moi. Sans doute est-ce pour cela qu'à 42 ans, je n'ai jamais su tenir en place. Je pourrais – ce serait si facile – rejeter les fautes sur les autres, sur « pas de chance ». Je n'ai pas cette lâcheté là. Je ne me suis jamais mariée parce que les hommes que j'ai aimés sont tous morts ? Faux. Certains sont morts, c'est vrai, mais après qu'on eut rompu. Et, professionnellement parlant, si j'avais voulu plus de stabilité, j'aurais sans doute forcé un peu mes talents innés pour entrer à l'ENA et faire une carrière dans l'administration. Oh, c'est certain, j'aurais pu avoir un bon job !!! Dans lequel, immanquablement, je me serais ennuyée par manque de mouvements et de perspectives. Donnez-moi un emploi bien rémunéré et intéressant, s'il ne m'apporte plus aucun plaisir intellectuel au bout d'un an, je vais le lâcher.
Je suis un cas, pas vrai ?
Seulement voilà…j'ai 42 ans et sachant ce que je sais sur moi-même et sur le monde qui m'entoure, sur la place que je veux y occuper, je n'ai pas beaucoup d'options d'avenir. Les banques et les investisseurs me prennent pour une dingue. Sympathique et velléitaire, certes, mais dingue quand même ! J'ai plusieurs idées (une par jour en moyenne) dont une qui tient sacrément la corde. Elle est dans l'air du temps, elle peut être financée par des aides étatiques et par des subventions diverses. Je voulais vraiment créer mon Centre Alzheimer privé, une clinique spécialisée pour ces patients de plus en plus nombreux. On vient de me dire de partout que mon idée était excellente mais que je n'avais pas les reins assez solides pour ça. Et, dans le même temps, on me dit aussi que je coûte trop cher à un employeur compte tenu de ce que je gagne en Assedics. Je ne tiens pas à rester au chômage, Monsieur le Président !!! Pas encore de biens patrimoniaux à mettre dans la balance. Je ne vais quand même pas euthanasier ma grand-mère de 90 ans et assassiner mon père de 68 ans, juste pour monter mon projet !!!
Alors, où est l'issue, Monsieur le Président ?
Dois-je rentrer dans le moule, quitter la région Parisienne pour trouver un sous-emploi en Province, à condition toutefois que ladite Province offre des loyers correspondants à de faibles revenus ?
Suis-je plus utile à mon pays en étant régulièrement allocataire des deniers publics ou comme dingue se battant pour créer des emplois ?
Par le passé, je me suis maintes fois posé la question. J'ai souvent cru que mon avenir était dans mes mots. Que je ne pouvais rien pour personne mais que je devais penser à moi avant tout. J'ai fait le tour de tout durant des 11 dernières années. J'ai écrit, j'ai essayé, je fus reconnue comme étant douée…mais pas assez pour en vivre. Si j'y avais cru davantage, peut-être les choses auraient été différentes. Peut-être. J'avais toutes les clés et je n'ai pas voulu ouvrir les portes. Où va se cacher l'orgueil, parfois ? Chez moi, parce que je n'ai encore rien réussi en dehors de quelques rapports humains de valeur, l'orgueil va se cacher dans mes capacités diverses que je veux pouvoir démonter sans bénéficier de faveurs particulières.
Ma seule entorse à ce propos est cette missive, Monsieur le Président. Je n'attends pas de vous une aide mais des réponses.
Il est toujours difficile de parler de ce qui nous motive et des choses que l'on ne peut pas faire eu égard à nos convictions.
Je m'entête parce que je refuse de faire payer à ceux qui travaillent mon temps d'oisiveté. Je refuse de devenir un fléau. Je refuse mon état professionnel car, comble de prétention, je vaux mieux que ça.
C'est stupide, je le sais. Je pourrais faire valoir que ce temps de chômage me sert à monter mon projet mais quel projet ? Sachant que le projet est avorté faute de moyens pécuniaires, sachant aussi que les offres d'emploi pour des gens comme moi sont rares, que dois-je faire ? Je suis dans une sacrée impasse , Monsieur.
Je me bats contre ces gens qui vivent du secours social depuis des années, qui ne cherchent pas d'emploi ou qui refusent ceux qu'on leur propose. Seulement…seulement je suis comme eux, au fond. On va me proposer quoi ? Au vu de mon CV et de mon âge, rien. Je ne me fais plus d'illusion. On va regarder mon CV, mon âge et on va me faire passer des tas de tests. Selon les emplois, je réussirai les tests, on me trouvera intelligente et capable de pallier mes ignorances par mon adaptabilité et ma capacité à mémoriser tout en très peu de temps. Oui, j'ai un sacré QI ! La belle affaire que voilà !!! Et après ? Je vais gagner quoi ? 1200€/mois alors que je peux en toucher 500 de plus sans rien faire ?
Ca suffit ! J'en ai marre ! On marche sur la tête !!! Prenons le problème à sa base : les banques.
A qui la crise économique mondiale sert-elle pour de nouveau asseoir son pouvoir ? Les banques et les grands trusts où se sont refugiées les fortunes mondiales ayant fui les déconvenues boursières ou les méfaits de Madoff. Les gens qui ont de l'argent et qui ont du pouvoir ne se sont pas fait avoir par la crise. Vous le savez comme moi. Comme d'autres le savent aussi…n'est-ce pas ? Passons…
Aujourd'hui, sous prétexte de pertes énormes et parce qu'elles doivent se refaire une santé, TOUTES les banques de par le monde sont unanimes pour faire payer leurs petits clients. Au départ, cela commence par les taux d'emprunt. Puis, par les agios et les frais bancaires. Pour un mois difficile, savez-vous ce qu'il m'en a coûté de frais bancaires ? 350€ ! Tout ça pour des oppositions sur prélèvements ! Ils appellent ça des coûts. Cela me ferait presque rire si j'ignorais comment cela se passe au réel dans les banques. Ma mère y était cadre, mon oncle aussi, j'y ai des amis et des cousins, et j'y ai également travaillé. Qu'on ne me raconte pas de conte de fées ! Je sais très bien qu'on nous fait aujourd'hui payer les erreurs de traders trop gourmands. Les spéculateurs bancaires et boursiers nous ont plongés dans le marasme. On les a laissés faire tant que les spéculations permettaient à un système économique mondial de se maintenir. Pourtant, il y avait pas mal de personnes qui s'inquiétaient depuis longtemps des dérives potentielles…et de leurs conséquences.
Je suis une conséquence. Super ! Les patrons-voyous ne m'embaucheront pas parce qu'ils prétendent que la crise les a privés de moyens (pour certains, à la rigueur, je peux admettre quelques baisses de bénéfices…), les patrons peureux ne le feront pas non plus car ils attendent des jours meilleurs pour voir si leur assiette résiste à la vaisselle, les banques ne bougeront pas car je suis un facteur de risque sans garantie (ah mais si j'avais du patrimoine, celui de ma famille par exemple, ces mêmes banques signeraient de suite afin de racheter éventuellement mes biens et les revendre à des japonais !). En somme, et pour résumer l'ensemble, je dois accepter les Assedics pendant 1 an, et le RMI ensuite. C'est cela ? C'est là que se situe mon avenir, Monsieur le Président ?
Alors oui, je suis un peu énervée. Désespérée aussi quelque part. Je n'aime pas savoir que je peux faire quelque chose et ne pas pouvoir le faire. Ce constat d'impuissance par manque de fonds me laisse un goût amer. Je me dis que l'on ne pourra pas avancer si l'on ne prête qu'aux riches. Prêter de l'argent à des gens qui n'en ont pas besoin, c'est continuer à faire les autruches et à simuler des croissances là où il n'y a rien. Sans parler des fossés de classes qui se creusent et qui, à terme, vous retomberont dessus, Monsieur. Je sens venir des années mouvementées…mais j'espère me tromper, pour une fois. Je ne ferai pas partie des gens bien pensants de gauche (selon la pensée inique populaire, à Droite, on ne sait pas bien penser…), jamais. Mais s'il faut changer les choses de manière réelle et tangible, je ne choisirais pas la rue pour ce faire. Je choisirais l'action. C'est mon petit côté extrémiste à moi qui s'exprime là.
Johnny a chanté : « On m'a trop donné, bien avant l'envie, j'ai oublié les rêves et les mercis, toutes ces choses qui avaient un prix, qui font l'envie de vivre et le désir, et le plaisir aussi…qu'on me donne l'envie, l'envie d'avoir envie, qu'on rallume ma vie ». Je change son envie par le prix qu'on mettra un jour peut-être sur les miennes. J'ai plus d'envies et d'idées que je n'ai de moyens et de temps pour toutes les réaliser. Mais une seule d'entre elles donnerait le la à tant d'autres. Je sais m'entourer des compétences que je n'ai pas – on ne peut pas tout avoir – et je sais que j'ai raison de me battre. Bon sang, pour une fois, je sais que j'ai raison de ne pas baisser les bras !
Alors, donnez-moi des réponses, Monsieur le Président. Dites-moi que je peux encore croire que le monde de demain ne se fera pas sans moi, à mon humble (encore que je ne le suis pas toujours) niveau. Je suis prête à relever tous les challenges s'il le faut. Je suis intellectuellement armée pour enfin faire de ma vie quelque chose de bien. Ne me laissez pas croire que tout est perdu désormais et que je ne vivrai pas assez longtemps pour voir un monde nouveau. J'ai assez donné et assez tergiversé. Je sais où je veux aller et pourquoi et comment. Je sais qu'on ne sait jamais, chantait Gabin ? Sauf qu'à force de ne plus savoir, j'ai quand même fini par avoir une seule certitude : je vaux mieux que ma vie. Si l'on me prouve demain que ce n'est pas le cas, tant pis, je laisserai le temps faire son boulot et je ne sais quel crabe me bouffer toute entière. Mais pour l'heure, il n'en est pas du tout question. Je veux vivre et vivre comme je l'entends. Avec tout ce que je suis, ce que j'ai appris et ce que je crois être juste pour les autres. Par altruisme ? Non. Car l'altruisme est toujours un égoïsme déformé. Juste pour moi. Pour que mon éphémère passage sur Terre ne soit pas réduit à des « hélas » qui ne me rendraient pas hommage.
Bon, d'accord, cette lettre sonne un peu comme un appel au secours. Je le reconnais. Ces trois derniers mois n'intercèdent pas en ma faveur pour vous offrir un plaidoyer plein d'entrain et d'enthousiasme. A qui la faute ? A personne. C'est ainsi. Il faut parfois savoir admettre que nous avons une véritable responsabilité civile ou personnelle dans tout ce qui nous échoit.
On tourne en rond, non ? Alors que faire ? Que faire ? Je ne sais plus. En dehors de me battre et d'envoyer des courriers un peu partout pour dénoncer certains abus qui me plantent (ce que je peux cependant comprendre…), je suis perdue et ne vois nulle issue pour moi. En dehors de…vivre ma passion d'écrire pour ne pas en vivre. Youpi ! Ca, c'est du projet professionnel !!! Je vais écrire un roman qui ne se vendra pas, me battre pour faire jouer mes sketches et/ou devenir un auteur de théâtre inconnu, voire pire, écrire des chansons pour des gens qui n'en feront jamais des albums ! Ne riez pas, je l'ai déjà connu, ça ! Il y a quand même un moment où le talent – si talent il y a – doit être reconnu et rémunéré. Si tel n'est pas le cas, c'est que ledit talent n'est pas suffisant.
Des tas de gens savent écrire. Combien en vivent ?
Maintenant, pour conclure, je ne m'attends pas à ce que vous me répondiez de manière aussi longue. Je vous sais très actif et très à l'écoute de tous mais…point trop n'en faut. Je viens déjà de vous voler quelques minutes de votre précieux temps. Je n'ose imaginer pouvoir vous en voler d'autres. Quelques petits mots me suffiraient : battez-vous, continuez, espérez, etc…
A l'heure actuelle, vos conseils me seraient évidemment précieux, mais vos explications engendreraient des considérations multiples, qui , me connaissant, feraient naître des questions auxquelles je préfère pour l'instant ne pas penser bien que ne les ayant pas occultées. Si vous avez lu ce courrier dans son intégralité, vous le savez déjà, d'ailleurs.
En espérant que cette longue missive vous parviendra et dans l'attente d'une éventuelle réponse, je vous prie d'agréer, Monsieur le Président, l'expression de ma considération respectueuse et de mes sentiments les plus dévoués.